Selon les statistiques médicales de la FMH, environ un quart des médecins en activité ont 60 ans ou plus et ils sont donc confrontés à la question de la planification financière de leur retraite. C’est pourquoi nous avons effectué une interview avec Stefan Walther sur ce sujet.
Monsieur Walther, auparavant, il était plus ou moins évident qu’au moment de la retraite, on percevrait une pension de vieillesse à vie. Aujourd’hui, le retrait de capital est de plus en plus attrayant. Quelle en est la raison ?
Le droit à un retrait minimal de capital n’existe que depuis une vingtaine d’années. Auparavant, un retrait de capital était certes également possible, mais les caisses de pension devaient l’autoriser explicitement dans leur règlement. À l’époque, l’utilisation était plutôt restrictive. Aujourd’hui encore, une caisse peut limiter un retrait de capital. Cependant, de nombreuses caisses de pension sont aujourd’hui heureuses de voir les assurés retirer au moins une partie du capital. C’est pourquoi les règlements de prévoyance autorisent souvent des retraits pouvant atteindre 100 %. Un point très important dans cette évolution est toutefois la réduction des taux de conversion, qui rend le retrait de capital beaucoup plus intéressant pour les personnes assurées pour des raisons de rendement.
Pouvez-vous nous donner des précisions sur ce deuxième point ?
Oui, bien sûr. Un taux de conversion détermine le montant de la pension. Ainsi, un taux de conversion de 5 % sur un capital disponible de 100 000 CHF donne lieu à une rente annuelle de 5 000 CHF. La difficulté avec le taux de conversion réside dans le fait que son montant est calculé à partir de deux inconnues, à savoir l’espérance de vie prévue et le rendement attendu des placements. Le montant réel de ces deux inconnues fait l’objet de débats sans fin au Parlement. Le fait est que l’espérance de vie a augmenté depuis 1985 et que les rendements potentiels des placements à faible risque ont diminué. Cela a entraîné une baisse importante, parfois trop forte, des taux de conversion. Ainsi, un taux de conversion de 7,2 % était autrefois la norme, alors qu’aujourd’hui, nous rencontrons souvent des taux avoisinant les 5 %.
Il s’agit en effet de réductions considérables. Dans le contexte actuel de taux d’intérêt bas, un taux de conversion de 5 % reste toutefois attrayant. Après tout, cela m’est garanti à vie. Quelle est votre opinion à ce sujet ?
Comme souvent, les taxes viennent perturber le processus. Cette pension de retraite est imposable à 100 % sur le revenu. Cette charge fiscale varie considérablement d’un canton à l’autre. Dans le canton de Schwyz, une rente LPP est nettement plus avantageuse que dans le canton de Berne ou à Genève, par exemple.
Pouvez-vous donner un exemple ?
Un taux de conversion de 5 % donne, avec une charge fiscale de 25 %, ce qui est tout à fait réaliste après la retraite, un taux de conversion net après impôts de 3,75 %. Afin qu’une personne puisse récupérer l’argent qu’elle a laissé dans sa caisse de pension après impôts, elle doit atteindre presque l’âge de 92 ans (consultez l’encadré). L’avantage d’une couverture à vie n’est donc intéressant que pour les personnes dont l’espérance de vie est nettement supérieure à l’espérance de vie statistique.
Et l’alternative serait alors le retrait de capital ?
Oui, même si l’argent est déposé sur un compte et s’il est peu rémunéré, il s’agit souvent d’une alternative valable. Bien qu’un impôt sur les prestations en capital soit dû sur le versement, ce qui influence fortement l’attrait du retrait de capital, le capital fait ensuite partie du patrimoine libre et peut également être légué. Lors du versement de la rente LPP, le capital est en quelque sorte dépensé : vous ne pouvez plus y accéder. En cas de décès, seul le partenaire survivant a droit à une rente s’élevant généralement à 60 % de la rente de vieillesse. Le versement de la rente peut donc s’avérer être une décision coûteuse.
Vous ne recommandez tout de même pas de placer l’argent sur un compte ?
Bien-sûr que non. Notre recommandation est de conserver une réserve de liquidités suffisante. Celle-ci peut varier de 100 000 CHF à plusieurs centaines de milliers de francs suisses, selon les besoins individuels. Le coût de la vie est couvert par la rente AVS, les éventuels revenus locatifs, une rente partielle LPP si vous le souhaitez, et des placements à revenu fixe. La sécurité est une priorité absolue. Nous recommandons d’investir le capital qui n’est pas utilisé à cette fin en bourse dans des actions. Cette combinaison offre un équilibre optimal entre liquidité, sécurité élevée, et bonnes perspectives de rendement.
D’accord, mais le fait d’avoir une rente à vie n’est-il pas indispensable pour de nombreuses personnes ?
Selon la situation du client, je suis également de cet avis. Il est important de pouvoir se permettre un retrait de capital. Il est impératif de disposer de suffisamment de fonds pour la période suivant l’épuisement de l’avoir LPP. Le corps médical peut se considérer chanceux de disposer souvent de ce privilège. Il est donc recommandé de saisir cette opportunité.
Une dernière question. Avec le programme de mesures d’allègement fiscal 27, la Confédération souhaite augmenter l’imposition sur les avoirs de prévoyance. Comment évaluez-vous ce risque ?
Ce risque est bien entendu présent. Néanmoins, le calcul ne serait pas fondamentalement modifié. Il existe de nombreuses variables dans ce domaine qui sont soumises à des ajustements continus. Il est encore difficile de déterminer si le programme de mesures d’allègement 27 a une chance d’aboutir sur le plan politique. Si la situation se présente comme dans le cas présent, nous en tiendrons compte dans nos réflexions.
Qu’il s’agisse d’une rente ou d’un retrait de capital, la bonne solution dépend fortement de la situation individuelle. Les médecins ont tout intérêt à envisager différents scénarios en temps utile et à examiner leurs options, y compris du point de vue fiscal.
À propos deStefan Walther travaille dans le domaine du conseil aux médecins depuis plus de 22 ans. En tant que membre de la direction de Roth Gygax & Partner AG, il est notamment responsable de l’élaboration de concepts de planification de la retraite et de la sélection des possibilités d’investissement. |
